Ballade archenassienne



Lundi 27 février 2006

"C'etait dans la nuit noire, sur le clocher jauni, la lune, comme un point sur un i..."

Regardant d'un oeil morne la girouette de la petite eglise, l'homme poussa un baillement d'ennui. Encore une nouvelle nuit sans sommeil. La lune le narguait de tous ses crateres et les moutons s'etaient fait la malle. Plus rien a tirer de cette veille. Les idees repassaient dans sa tete - les memes que celles d'hier, et d'avant-hier, et des nuits precedentes. Tout tendait a couvrir le monde d'une lassitude sans echappatoire. Sans y reflechir son regard se perdit dans les vitraux eteints, sur le clocher delabre, puis sur les gargouilles qui semblaient si... si etrangement vivantes! Leurs ailes deployees et leurs bouches tordues, leurs yeux torves, leurs griffes ciselees... il n'avait jamais remarque a quel point ces etres de pierre pouvaient avoir l'air si effroyablement reel. Cette nouvelle vision le sortit de sa torpeur. Fallait-il qu'il soit si desabuse du monde pour trouver un quelconque interet a des statues, lui a l'esprit si pragmatique?

C'est alors que l'une des creatures figees sembla se mouvoir. Un minuscule soulevement, de ceux que l'on ne remarque qu'avec la plus grande attention, mais que son esprit soudain vivifie pouvait capter, malgre son incredulite reticente. Un minuscule battement, puis un second, puis un troisieme... et voila que l'etre - mais pouvait-il parler d'etre? - prenait son envol vers l'astre nocturne. Lui semblait-il. Doucement, lentement, et de plus en plus vite, jusqu'a atteindre une vitesse hallucinante que ses yeux ne pouvaient qu'a peine suivre, la creature virevoltait deci-dela, et disparut subitement dans les profondeurs de la ville endormie

Cauchemar ou reve etrange? Delire d'insomniaque?

L'homme devait en avoir le coeur net...


Lundi 27 février 2006

Apres pres de deux ans de silence internetien (et apres avoir efface certains de mes textes aussi d'ailleurs), je me decide a refaire surface - mais pour combien de temps...

"L'eau a passe sous les ponts, s'ecoulent les heures meurtrieres et me voila, la plume au poing, ou plutot le clavier aux doigts, a reparler sous les regards ebahis de ma passionnante existence..."

Non.

Car s'il est evident que si bien des personnes jugent utiles de faire etalage de leur vie privee (car qui ne trouverait extraordinaire le nombre de fois qu'ils ont visionne tel film ou qu'ils sachent par coeur des poemes de La Fontaine, qu'ils aient mange de la pizza ou qu'ils aient assiste a un match de foot), il me semble en realite deplorable que la mode du blog, de plus en plus envahissante, soit aussi celle du nombrilisme, de l'egocentrisme, du manque absolu d'imagination et de curiosite - ou alors, il s'agit de voyeurisme... Bien sur il y a, comme pour tout, des exceptions. Des blogs d'une exceptionnelle creativite, ou l'ecriture est ciselee, les reflexions pertinentes, les critiques intelligentes, mais helas...

Or donc - je ne suis pas la pour critiquer. Libre a chacun de mettre en devanture ce qui l'interesse. Meme si cela n'est qu'un miroir de soi, une maniere de se trouver une place sur la toile planetaire et de se dire que l'on existe dans cette myriade d'internautes cloutes a leur ordi.

J'aimerai changer de cap. Revenir aujourd'hui, apres avoir decouvert des sites / blogs fantastiques, originaux et constructifs, et apporter mon gravillon a l'edifice du grand vide web. Du grand vide : car rien de ce que je vais desormais ecrire n'aura la plus petite parcelle d'interet, la moindre signification, la moindre reflexion profonde et existentielle.

Je voudrais revenir au monde du reve et de l'imagination.

Ecrire une histoire...

Etant de nature vagabonde et dilettante, je ne sais ce que ca va donner. Pas de plan pre-etabli, elle se construira au jour le jour. Une histoire sans queue ni tete, probablement sans aboutissement, pleine de digressions et de clins d'oeil ; une histoire sans importance, mais qui, je l'espere, d'un point de vue purement egoiste, me donnera l'agreable sentiment de satisfaction de ne pas rester planter a ne rien faire, a me plaindre de la vacuite de la plupart des ecrits de la toile, et a prendre du plaisir a creer un nouvel univers.

Je tiens par avance a m'excuser aupres de mes futurs lecteurs (non pas que j'attende d'etre lue par une multitude, mais au moins par mes proches que je puis compter sur minimum un doigt, c'est vous dire mon fou souci de popularite), je n'ai pas les accents sur mon clavier - ce qui pourra peut-etre rendre la lecture fastidieuse - et etant atteinte depuis mon plus jeune age de flegmatite aigue, je ne m'amuserai pas a tout ecrire sur word pour corriger ce defaut. C'est dit!

Maintenant il va me falloir quelques temps pour trouver une phrase d'amorce... au prochain billet, donc...

Bien a vous, salutations distinguees et toutes ces sortes de choses...


Mercredi 17 décembre 2003

Prise d'une envie d'ecrire, subite, sans vraie raison. J'ai du temps a tuer - ce qui change d'ordinaire, ou c'est plutot lui qui s'en occupe, petit a petit, sournoisement, ajoutant 24 heures de plus a mon actif - et donc, de moins, a ma vie - chaque jour qui passe... "Chaque jour qui passe est un jour de trop, je plie deja sous le fardeau" - j'attends, impatiente malgre la stupidite de cette attente qui ne pourrait etre ecourtee malgre ma volonte, le fameux retour au foyer, la vue de ma pauvre maison qui m'est une province et beaucoup davantage. Et celle des moustaches de mon chat prefere. Je lutte avec mes bagages - 20 kilogs, c'est peu quand il s'agit de transporter des cadeaux de Noel pour un regiment. Et je flane dans la ville, grisee par la fraicheur vivifiante et les illuminations festivales, mon manteau bleu borde de blanc bien ferme sur mes bottes, un sourire beat aux levres, regardant les passants avec beatitude. Je flane, j'espere voir des visages connus, je dis bonjour, et j'envisage mille facons de revoir ceux que j'aime, ce que j'ai a leur dire, voire a leur taire, ce que j'ai a leur offrir...

Je flane, je rentre dans Sainsbury, je fais une decouverte qui, bien que banale pour beaucoup, me semble tout a fait extraordinaire : l'eau gazeuse aromatisee a la fraise et a la vanille. Saisie d'etonnement - oui, je m'emerveille d'un rien, j'aime l'idee que tout peut surprendre -, je m'empresse d'acquerir cette boisson mysterieuse. Une forte odeur de fraise emane de la bouteille lorsque je la descelle. Le doux picotement des bulles me fait frissonner et chatouille ma langue. Le gout est assez sucre, un peu trop peut-etre, et amusant...

Rien de nouveau, rien de special... la vie s'ecoule, je me promene encore, je rencontre ma voisine, nous parlons, je repars, elle repart... les vies se croisent, s'entremelent, se delacent...

J'ai des choses a faire de partir, tellement ! Mais sans reelle envie...

Il faut que je parte, a present, il faut que je me prepare a ma prochaine seance - j'ai reserve ma place...

A bientot


Mercredi 12 novembre 2003

Depuis des jours, je tente desesperement de finir "Jung on Mythology" de Robert A. Segal. Le premier qui me parle d'inconscient et d'archetypes risque de se retrouver la tete encastree dans un mur... Je n'en peux plus !

Le livre en soi est particulierement interessant. Selon Jung, le mythe n'est pas - comme Frazer et Tylor l'ont declare avant lui - l'explication de phenomenes naturels que l'homme primitif a observe (bien que leurs avis divergent : pour Frazer, le dieu de la vegetation est la representation de ces phenomenes ; tandis que pour Tylor, ces phenomenes resultent de la volonte du dieu de la vegetation) ; pour Jung, donc, le mythe decoule d'une autre source : il est la manifestation de l'inconscient dans le monde exterieur, dans un langage qui lui est propre - les symboles et les archetypes - qu'il s'agit de comprendre (et non de decrypter comme l'on pourrait d'abord s'attendre de la part d'analystes).

Mais ce langage differe completement de ceux que nous avons l'habitude d'etudier, puisqu'il fonctionne non par mots mais par ces archetypes : "Insofar as the contents of the collective unconscious are archetypes, the definitive meanings of myths is the expression of archetypes. But because archetypes are innately uncouscious, they can express themselves only obliquely, through symbols" (grosso modo : "Dans la mesure ou les contenus de l'inconscient collectif sont des archetypes, la signification definitive des mythes est l'expression de ces archetypes. Mais parce que ces archetypes sont inconscients par nature, ils ne peuvent s'exprimer que par biais, a travers les symboles"). Tout en prenant en compte que chaque mythe est constitue de nombreux symboles, lies a plusieurs archetypes, amenant ainsi a plusieurs interpretations possibles. Le probleme majeur est donc de savoir comment interpreter ces symboles, et, par voie de fait, le mythe lui-meme. De plus, le mythe venant d'un individu, et etant invente pour un / des individu(s), il faut considerer que le mythe procede indiscutablement de l'histoire individuelle (anamnesis).

Je n'ai helas pas le temps d'aller plus loin aujourd'hui sur ce passionnant sujet (la bibli ferme dans une 1/2 heure et j'aimerais bosser encore un peu). La suite la prochaine fois, donc...


Mardi 4 novembre 2003

Depuis un mois deja, je vis au rythme des intemperies manchesteroises. Mes pas m'ayant guidee pour un an au pays de la pluie, je subis chaque jours les dereglements climatiques qui gouvernent ces contrees...

Il ne pleut pas toujours en Angleterre. Mais son soleil n'est pas pour autant plus clement. Lorsqu'en ouvrant vos rideaux vous decouvrez un paysage baigne d'une lumiere resplendissante, ne vous hatez pas de porter des hauts plus legers : le vent souffle en continue ; et s'il fait beau temps, il fait aussi particulerement froid. Au mois de septembre, il faisait deja pres de zero degre dans le petit matin. A voir tous les autochtones sortir a peine vetus de mini-jupes ou de baggy taille basse, leurs tee-shirts sans manche et leurs nuques decouvertes, on a bien du mal a imaginer qu'il nous faille, pauvres creatures inhabituees a un tel climat, sortir de nos tiroirs les echarpes et les bonnets...

C'est ainsi, que la deuxieme semaine de mon arrivee, je me transformais de la maniere la plus stupide qui soit, en heroine de Theophile Gautier : la Dame aux Camelias, c'est moi. Mes expectorations souffreteuse s'entendaient a des kilometres a la ronde. Et les antibiotiques qui me furent prescrits, au lieu de m'aider a combattre mes mechants microbes, n'ont fait que me plonger dans un etat plus comateux encore. En revenant de l'universite, je tombais immediatement dans un sommeil profond - et ceci me valut de la part de ma voisine le charmant - mais desesperant - surnom de Sleeping Beauty, la Belle au Bois Dormant.

Depuis que je suis sortie de ma torpeur, il y a quelques jours de cela, mais ayant retenu de ne jamais quitter la chambre sans me vetir d'un chaud manteau, d'un gros bonnet de laine, d'une echarpe epaisse et de longues bottes montantes, - depuis, donc, je tente avec acharnement de comprendre de quel bois mes nouveaux congeneres sont faits. J'ai beau essayer, dans des elans de folie, de me separer quelques instants de mon chapeau pour habituer mes malheureuses oreilles a supporter ce climat rigoureux, un vent leger et froid m'oblige instantanement a refrener cette ardeur - et je reste medusee devant le defile de jeunes filles courtes vetues, qui exhibent avec provocation leurs ventres denudes face a mes yeux hallucines.

Amis, je vous le dis : ces gens-la ne sont pas normaux. Sans avoir jamais ete vraiment frileuse, je decouvre aujourd'hui que ma resistancene peut egaler celles des mes homologues anglo-saxons. Et je me felicite d'avoir emporte, en pensant pourtant avoir exagere, autant de pulls et de cols roules.


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