Ballade archenassienne - Existence



Mardi 4 novembre 2003

Depuis un mois deja, je vis au rythme des intemperies manchesteroises. Mes pas m'ayant guidee pour un an au pays de la pluie, je subis chaque jours les dereglements climatiques qui gouvernent ces contrees...

Il ne pleut pas toujours en Angleterre. Mais son soleil n'est pas pour autant plus clement. Lorsqu'en ouvrant vos rideaux vous decouvrez un paysage baigne d'une lumiere resplendissante, ne vous hatez pas de porter des hauts plus legers : le vent souffle en continue ; et s'il fait beau temps, il fait aussi particulerement froid. Au mois de septembre, il faisait deja pres de zero degre dans le petit matin. A voir tous les autochtones sortir a peine vetus de mini-jupes ou de baggy taille basse, leurs tee-shirts sans manche et leurs nuques decouvertes, on a bien du mal a imaginer qu'il nous faille, pauvres creatures inhabituees a un tel climat, sortir de nos tiroirs les echarpes et les bonnets...

C'est ainsi, que la deuxieme semaine de mon arrivee, je me transformais de la maniere la plus stupide qui soit, en heroine de Theophile Gautier : la Dame aux Camelias, c'est moi. Mes expectorations souffreteuse s'entendaient a des kilometres a la ronde. Et les antibiotiques qui me furent prescrits, au lieu de m'aider a combattre mes mechants microbes, n'ont fait que me plonger dans un etat plus comateux encore. En revenant de l'universite, je tombais immediatement dans un sommeil profond - et ceci me valut de la part de ma voisine le charmant - mais desesperant - surnom de Sleeping Beauty, la Belle au Bois Dormant.

Depuis que je suis sortie de ma torpeur, il y a quelques jours de cela, mais ayant retenu de ne jamais quitter la chambre sans me vetir d'un chaud manteau, d'un gros bonnet de laine, d'une echarpe epaisse et de longues bottes montantes, - depuis, donc, je tente avec acharnement de comprendre de quel bois mes nouveaux congeneres sont faits. J'ai beau essayer, dans des elans de folie, de me separer quelques instants de mon chapeau pour habituer mes malheureuses oreilles a supporter ce climat rigoureux, un vent leger et froid m'oblige instantanement a refrener cette ardeur - et je reste medusee devant le defile de jeunes filles courtes vetues, qui exhibent avec provocation leurs ventres denudes face a mes yeux hallucines.

Amis, je vous le dis : ces gens-la ne sont pas normaux. Sans avoir jamais ete vraiment frileuse, je decouvre aujourd'hui que ma resistancene peut egaler celles des mes homologues anglo-saxons. Et je me felicite d'avoir emporte, en pensant pourtant avoir exagere, autant de pulls et de cols roules.


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